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  Un congé rémunéré en 2020.
  Le Gouvernement veut rémunérer dès l'an prochain le congé de proche aidant, reprenant à son compte la proposition de loi défendue il y a un an et demi par le député communiste Pierre Dharréville. Que pense-t-il de cette récupération et du traitement social d'un sujet maintes fois repoussé ? Interview.


 

           Pendant l'hiver 2018, le député communiste des Bouches-du-Rhône Pierre Dharréville avait défendu à l'Assemblée Nationale une proposition de loi visant à rémunérer pendant un an au plus le congé professionnel actuellement non payé pris pour s'occuper d'un parent malade, handicapé ou âgé dépendant (lire l'actualité du 21 février 2018 et la perle du 8 mars suivant). Le Gouvernement avait alors manoeuvré pour faire échouer cette proposition que sa majorité avait expédiée en commission, c'est-à-dire sur voie de garage. Et voilà que dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2020 le même Gouvernement propose de rémunérer ce congé, mais pour une période plus brève, trois mois au plus pour l'ensemble d'une carrière professionnelle qui compte plus de 500 mois de travail avant droit à la retraite...

Question :
Vous aviez défendu à l'Assemblée Nationale dans l'hiver 2018 une proposition de loi instaurant une rémunération du congé de proche aidant que la majorité gouvernementale avait expédié en voie de garage. Et voilà que 18 mois après le Gouvernement reprend cette proposition à son compte. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Pierre Dharréville :
D'abord, si mon action permet de faire avancer les choses, je suis heureux. J'aurais aimé qu'on ne perde pas un an et demi et que cette proposition soit adoptée lorsque je l'ai proposée. S'il s'avère qu'elle a permis d'ouvrir des brèches, de faire bouger les choses et qu'on finit par y venir, il n'y a que des motifs de se réjouir. Bien évidement, il faudra vérifier les modalités d'application que nous ne connaissons pas dans le détail, et cela n'éteint pas le sujet, ni de la situation des aidants dans notre pays, qui sont quand même au bas mot onze millions de personnes, ni de l'ensemble des questions liées à la protection sociale et notamment pour les personnes aidées.

Question :
Avant de déposer votre proposition de loi, vous aviez conduit une mission flash sur les aidants. Qu'est-ce qui a progressé depuis ?

Pierre Dharréville :
Assez peu de choses. Ce que j'avais identifié dans le rapport de mission, c'est un besoin de temps, d'accompagnement et d'argent pour les aidants. Le congé peut répondre pour partie à ces enjeux mais on voit bien qu'il y a beaucoup de femmes et d'hommes en perte d'autonomie qui sont en difficulté, dont les familles sont en difficulté, et face auxquelles le niveau de protection sociale n'est pas au rendez-vous. Il faut continuer à rester attentif et mobilisé sur ces enjeux. J'ai formulé d'autres propositions, dont celle sur la formation des aidants qui a été partiellement adoptée dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Mais pour l'essentiel, la situation des aidants demeure très préoccupante.

 



 

Question : On a le sentiment que tous les personnels au contact de personnes handicapées doivent être payées au salaire minimum, qu'elles assurent de l'aide à domicile ou auprès d'élèves, et qu'il n'y a aucune volonté que cela change...

Pierre Dharréville :
C'est également mon sentiment. Il faut distinguer, vous avez raison, ce qui relève des proches aidants d'un côté et de l'aide professionnelle de l'autre. On a besoin d'aide professionnelle pour ne pas faire reposer l'effort de solidarité et quotidien sur les proches, parce que ce n'est pas juste. Ces professionnels exercent un véritable métier, nous leur confions ce que nous avons de plus cher, nos enfants parfois, nos anciens. Il faut véritablement une reconnaissance de leur métier, salariale y compris, et aujourd'hui on est dans une situation qui est inacceptable de ce point de vue. Quand on voit ce qui se passe dans les Etablissements d'Hébergements pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) de notre pays, si le contexte est différent, le sujet est le même : comment est-ce qu'on reconnaît tous les métiers de l'accompagnement, de l'aide quotidienne, qui demandent de l'investissement et des compétences. Une réponse à la hauteur repose sur un niveau de protection sociale qui permette de financer l'aide professionnelle, et un grand service public de cette aide professionnelle, avec un grand plan de formation pour que les personnels mènent leurs missions dans les meilleures conditions. Il y a un grand chantier ouvert, et je suis soucieux de la situation des salariés du secteur.

Question :
Cela fait plus de 15 ans que le sujet est en débat, au moins depuis la canicule d'août 2003 et la création de la journée de solidarité puis de la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie. La question des personnels d'aide à domicile est posée depuis ce temps-là, mais le chantier du 5e risque n'a pas abouti ainsi qu'un projet de loi pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, un plan grand âge non appliqué sous François Hollande, la question revient pendant la présidence Macron. Le sujet est-il condamné à la procrastination ?

Pierre Dharréville : J'espère que non ! Le rapport de Dominique Libault pointe un certain nombre d'enjeux et, si je ne partage pas tout ce qui y est écrit, il y a des propositions qui pointent dans la bonne direction. Il semblerait qu'un projet de loi soit préparé pour la dépendance. Je pense que prendre des mesures est une nécessité et j'attends avec impatience de voir ce que le Gouvernement va retenir des propositions faites. Le sujet n'a pas été suffisamment pris à bras le corps ces dernières années. Les questions de financement qui l'ont toujours bloqué ont dégradé la situation des personnes qui ont besoin d'aide, et aussi leur environnement familial ainsi que celui des salariés du secteur. On est dans une situation de crise latente, qui ne se voit pas et ne se manifeste pas comme le voudraient celles et ceux qui en sont victimes, mais cette crise est là. C'est bien d'intégrer le congé de proche aidant dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, mais la question de l'autonomie mérite une grande loi.


Propos recueillis par Laurent Lejard, octobre 2019.

 



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