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Le premier
jour férié "de solidarité" s'est déroulé dans la confusion annoncée,
alors qu'un ministre en demande davantage et que des associations doutent
de l'application de la loi Montchamp...
Grèves par ici, jour de R.T.T ou maintenu férié par là, le lundi
de Pentecôte férié travaillé non payé s'est déroulé dans la confusion
et la protestation. De nombreux salariés contestent le fait qu'ils soient
les seuls à devoir supporter les nouvelles mesures financières d'aide
aux personnes dépendantes. En fait de nouvelles mesures, il convient
de restreindre le propos à l'extension des allocations compensatrices
à 25.000 personnes en plus des 95.000 allocataires actuels, ce qui fait
peu de choses en rapport des 23 millions de salariés ponctionnés. Et
Philippe Douste- Blazy, Ministre des solidarités et de la santé, a réaffirmé
que le produit du jour férié de solidarité ne serait pas suffisant pour
financer la dépendance. On peut d'ailleurs se demander si le Premier
Ministre ne préparait pas le terrain quand il évoquait, le 2 mai dernier,
le syndrome de la "vignette automobile", taxe destinée jadis à financer
"la retraite des vieux" qui n'en virent jamais la couleur...
En effet, la plupart des actions financées par le produit du jour férié
travaillé non payé étaient jusqu'alors du domaine du budget de l'Etat
: le Gouvernement a saisi avec un certain cynisme l'occasion de la canicule
d'août 2003, et l'émotion des 15.000 décès anticipés qu'elle a engendrée,
pour opérer ces transferts de charges tout en allégeant de 1,7 milliards
d'euros l'impôt sur le revenu, les contribuables les plus aisés
en ayant tiré le meilleur parti. Le Gouvernement a décidé de faire porter
sur le nouveau régime de protection sociale l'augmentation prévisible
du nombre de bénéficiaires de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie,
ce qui lui permettra de geler le budget qu'il lui consacre (1,3 des
3,3 milliards d'euros de budget global, la moitié étant financée par
les départements). Le Gouvernement met également à la charge du nouveau
régime la rénovation de maisons de retraite que leurs usagers paient
plusieurs fois : dans leurs cotisations sociales (lorsqu'ils étaient
en activité et pour financer leur construction), et par le prix du séjour,
qui absorbe généralement la quasi- totalité de la pension de retraite
et oblige les proches à compléter de leur poche.
Côté personnes handicapées, les nouveaux crédits permettront de verser
une prestation compensation de 1.000 euros par mois en moyenne à 25.000
personnes. Ce dernier chiffre est l'estimation "haute" du nombre de
bénéficiaires devant s'ajouter aux actuels 95.000 titulaires d'une allocation
compensatrice tierce- personne. Quelques associations commencent à s'inquiéter
du processus d'application de la loi Montchamp. La circulaire relative
aux forfaits grande dépendance sanctionne de fait les bénéficiaires
qui veulent être employeurs directs, et les oblige à disposer d'une
assistance active la nuit alors que seulement 12 heures d'aide à domicile,
sur 24, sont financées. Le projet de décret relatif à la garantie de
ressources marche sur la tête : il exige de personnes reconnues dans
l'incapacité de se procurer un emploi de devoir justifier de deux années
d'inactivité professionnelle ! Comment : en produisant une attestation
d'inscription comme demandeur d'emploi ? Ces "monstres juridiques" sont
engendrés par une technostructure qui ordonne la maîtrise comptable
des dépenses. Sa meilleure méthode semble consister à rendre
les dispositifs les plus complexes possibles pour réduire le nombre
de bénéficiaires. Quant à la concertation préalable avec les associations,
elle se réduit à un simple examen des textes au Conseil National Consultatif
des Personnes Handicapées réduit au rôle de chambre d'enregistrement.
Les grands discours sur l'intégration et la compensation sont passés,
reste la réalité : un bilan comptable.
Laurent Lejard, mai 2005.
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