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En opposant
retour de la croissance et maintien des droits sociaux, le socialiste
Jacques Attali a pris le risque d'endosser l'habit de chantre de l'ultralibéralisme.
L'auteur part d'un postulat : "La France n'a plus, depuis 2000, qu'une
croissance moyenne de 1,7 % par an. Parce que depuis 20 ans, elle n'a
pas su se réformer". Il relève également que "La croissance économique
n'entraîne pas systématiquement la justice sociale, mais elle lui est
nécessaire : l'enrichissement n'est pas un scandale, seule l'est la
pauvreté". Les peuples Africain, Indien et Chinois apprécieront, dont
les pays connaissent une forte croissance économique, un enrichissement
des déjà riches et un maintien des pauvres dans leur misère.
Telle est la première faille du rapport Attali : la croissance économique
ne profite pas automatiquement à l'ensemble de la population du pays
concerné, son impact sur le niveau de vie dépend étroitement de la répartition
des profits qu'elle génère : "Plus de croissance économique entraînera
des progrès concrets pour chacun des Français, qu'il appartiendra à
chaque majorité politique de distribuer selon ses choix". Cela hypothèque
fortement ce couplet : "Un point de croissance du P.I.B en plus pourrait
signifier chaque année, par exemple, tout à la fois, 500 euros de pouvoir
d'achat en plus par ménage, 150 000 créations d'emplois supplémentaires,
90 000 logements sociaux de plus, 20 000 enfants handicapés scolarisés",
etc. Pour y parvenir, l'auteur privilégie le recours à l'investissement
privé et la réduction des dépenses publiques recentrées sur certains
groupes sociaux. Dans le même temps, il demande que le coût du travail
pour toutes les entreprises soit réduit en transférant une partie des
cotisations sociales vers la Contribution Sociale Généralisée (C.S.G)
et la T.V.A, c'est-à-dire vers l'impôt le plus inégalitaire qui soit
parce qu'il pèse davantage sur les ménages à petits revenus que sur
les gros. Le risque "dépendance" serait transparent pour le contribuable
puisque financé par l'assurance privée et les mutuelles : qui pourra
payer sera garanti; quid des autres (les pauvres) ?
Certaines propositions ont une saveur étrange, telle la création d'un
service civique hebdomadaire dans les collèges pour apporter du "soutien
aux personnes âgées isolées, aux handicapés ou à d'autres personnes
en difficulté"; les "chantiers de jeunesse" voulus par Philippe
Pétain durant l'occupation allemande ne sont pas loin... Enfin, ne cherchez
pas la place et le rôle des personnes handicapées dans le retour de
la croissance, elles sont presque absentes : tout juste trouve-t-on
l'augmentation du crédit d'impôt pour emplois à domicile, ce qui revient
d'ailleurs à instaurer une subvention déguisée qu'on penserait plutôt
contraire à l'esprit du rapport.
L'embêtant, c'est que son auteur ne permet pas de retenir certains aspects
de son travail tout en écartant d'autres : il l'a construit sur le principe
du tout ou rien, à prendre (totalement) ou à laisser ! De nombreuses
propositions sont pourtant de bon sens, telle l'amélioration de la qualification
des emplois d'aide à domicile (bien que l'auteur oublie la revalorisation
concomitante de leur rémunération). Mais en bâtissant une société du
tout privé avec des pouvoirs publics à peine arbitres des règles,
il promeut une jungle à l'anglo-saxonne dont l'inégalitarisme et la
faillite sociale ne sont plus à démontrer. Socialiste, Attali ?
Laurent Lejard, janvier 2008.
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