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Gérard Raymond,
président de l'Association Française des Diabétiques (A.F.D),
lance un appel contre l'expulsion systématique des étrangers victimes
de maladies invalidantes.
Alertée par Santé Diabète
Mali, une organisation non gouvernementale française qui oeuvre
pour l'amélioration de la prise en charge et de la prévention du diabète
au Mali et dans plusieurs pays africains, l'A.F.D a décidé de soutenir
le cas de Sira Sidibé.
C'est l'histoire d'une femme diabétique vivant en France depuis dix
ans, qui risque d'être expulsée au Mali pour non-renouvellement de sa
carte de séjour. Le motif de cette reconduite à la frontière invoquée
par la préfecture ? Le pays d'origine offre soi-disant des conditions
de soin suffisantes pour l'accueillir. Cette affirmation est tristement,
totalement fausse.
Mme Sidibé, diabétique de 48 ans, vit donc en France depuis plus de
10 ans, à Paris avec sa petite fille scolarisée de 7 ans. Elle a un
diabète insulinodépendant compliqué : hypertension artérielle, sévère
rétinopathie diabétique (atteinte des yeux), pied de Charcot (déformation
du pied qui l'empêche de se déplacer normalement). Traitée par pompe
à insuline (obligatoire en raison de l'échec des autres thérapies) et
5 médicaments, elle doit suivre également un traitement au laser pour
ses yeux et supporte un lourd appareillage orthopédique. Jusqu'en 2007,
sa carte de séjour pour raison médicale a été renouvelée sans problème.
A cette date, son renouvellement est refusé, au motif que son traitement
est disponible au Mali (après 6 mois d'attente de cette décision, où
elle perd tous ses droits et allocations). Elle conteste ce refus devant
le tribunal administratif de Paris, qui émet un jugement défavorable,
estimant que son dossier ne comporte pas suffisamment de preuves de
l'indisponibilité du traitement au Mali. Elle vient de faire appel devant
la cour administrative de Paris. Même avec une procédure en cours, elle
peut être arrêtée et être expulsée à tout moment et n'a plus ni le droit
de travailler, ni de bénéficier de son allocation de travailleur handicapé.
Les critères qui fondent ce refus sont incompréhensibles, quand toutes
les données sanitaires et médicales concernant le Mali démontrent le
contraire. Santé Diabète Mali, qui a analysé son dossier médical et
la situation au Mali (certifiés par plusieurs spécialistes reconnus)
est formel : "Le pronostic vital de la patiente sera mis en jeu" en
cas de retour au Mali. Tout d'abord, l'accès au traitement : impossibilité
de traitement par pompe à insuline (celui-ci est la seule thérapie possible
pour cette patiente), pas d'autorisation de mise sur le marché de plusieurs
de ses médicaments, manque de spécialistes (il existe 2 spécialistes
du diabète dans tout le pays). Ensuite, le coût du reste de son traitement,
équivaut à plus de 7 fois le salaire moyen malien !
Ces arguments ne sont-ils pas suffisants ? Sa vie est indiscutablement
en jeu si elle retourne au Mali : l'expulser, c'est décider de l'envoyer
mourir dans son pays ! Comment accepter une telle injustice ? Malheureusement,
ce cas de refus de renouvellement de carte de séjour pour raison médicale
n'est pas isolé et les diabétiques, comme d'autres malades atteints
d'autres pathologies de longue durée, ne sont pas épargnés.
Maître Vanina Rocchicioli, avocate spécialisée dans le contentieux des
étrangers malades et qui suit le dossier de Mme Sidibé, ne laisse rien
présager de positif pour l'avenir : "Depuis 3 ou 4 ans, affirme-t-elle,
les méthodes de la préfecture, des médecins inspecteurs pour les étrangers
malades, se durcissent. Les cas de refus se multiplient". Selon les
chiffres du Comité Médical pour les Exilés (Comède),
le taux d'accord face aux demandes de régularisation médicale en région
parisienne est passé de 100% en 2002 à... 23% en 2007.
Bien sûr, il est des malades, diabétiques ou autres, qui vont mieux,
ou dont le pays d'origine dispose maintenant des spécialistes, des médicaments,
des équipements... aptes à les soigner. Mais peut-on vraiment croire
à de si soudains, si spectaculaires progrès ? En réalité, on le sait
bien, tout est ici question de pourcentages, de quotas. Soit. Mais,
derrière ces chiffres se trouvent des malades, des êtres humains, des
Madame Sidibé. Le minimum du minimum serait que les médecins qui décident
de la prolongation ou non d'un titre de séjour, étudient réellement
les dossiers, s'informent précisément de l'état réel du système de santé
des pays d'origine; bref, qu'ils fassent du vrai "cas par cas"
et non des statistiques.
Les mesures de retour à la frontière à marche forcée engagées dans une
logique de respect des quotas, semblent nier les situations individuelles
jusqu'à l'absurde, au mépris des droits élémentaires de la personne
et de la santé humaine. Il est urgent d'agir pour que ces situations
dramatiques ne se reproduisent plus dans un pays comme la France.
L'A.F.D, association de patients au service des patients, combat pour
la santé de toutes les personnes atteintes du diabète. Elle soutient
et défend tous les diabétiques, quelles que soient leur origine et leur
condition. Nous ne pouvons accepter que la vie de Madame Sidibé soit
mise en danger. L'A.F.D et Santé Diabète Mali interpellent donc solennellement
les responsables de cette décision et demandent aux pouvoirs publics
d'empêcher une tragédie annoncée.
Gérard Raymond, Président de l'A.F.D.
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