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Alors
que l'État ne paie pas ses dettes à l'Assurance Maladie, le Gouvernement
lorgne sur les deux milliards de réserves de la Caisse Nationale de
Solidarité pour l'Autonomie...
Dès sa création
en 2005, la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie (C.N.S.A)
a reçu davantage d'argent qu'elle n'a réussi à en dépenser. Elle gère
actuellement plus de 17 milliards d'euros, essentiellement versés par
la Sécurité Sociale et complétés par le jour annuel de travail dont
le produit n'est pas payé aux salariés mais versé à la C.N.S.A au tire
d'une solidarité imposée envers les personnes handicapées ou âgées dépendantes.
Les deux sources de financement sont affectées distinctement selon le
procédé des crédits fléchés : la dotation Sécurité Sociale sert essentiellement
à payer l'accueil des personnes handicapées ou âgées en établissements
médico-sociaux, le jour de solidarité finance les créations de places,
la prestation de compensation du handicap, l'allocation personnalisée
d'autonomie et des actions innovantes. C'est ce second budget que la
C.N.S.A ne parvient pas à consommer, ce qui a entrainé une accumulation
de réserves financières d'environ 2 milliards d'euros.
Les fédérations de gestionnaires d'établissements pour personnes handicapées
ou âgées se sont publiquement émues de cette situation, allant jusqu'à
refuser le 31 mars dernier de voter les comptes 2008 et le budget prévisionnel
2009, et mettant l'Etat en accusation : ils reprochent "la sous-consommation
des crédits destinés aux établissements et services médico-sociaux".
La réponse du Gouvernement est arrivée moins de dix jours plus tard
: il charge l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) et l'Inspection
Générale des Finances (I.G.F) d'enquêter sur les phénomènes qui génèrent
cette sous-consommation de crédits, et de proposer des solutions. Avec
en toile de fond un déficit des régimes de Sécurité Sociale qui devrait
augmenter du fait de la crise économique et des charrettes de licenciement,
entrainant une baisse des revenus salariaux et donc des cotisations
sociales. Alors que dans cette période difficile on entend régulièrement
proclamer que les caisses de l'Etat sont vides, la tentation sera grande
de réduire les versements de la Sécurité Sociale à la C.N.S.A, un hold-up
sur ses excédents étant politiquement irréalisable : Valérie Létard
vient encore de clamer qu'aucun euro de la Caisse n'avait été détourné
de son objet, on imagine mal le Gouvernement prendre le risque d'être
traité de voleur. Une autre voie sera certainement privilégiée par les
technocrates de l'I.G.F et de l'IGAS, celle d'une diminution des versements
par la Sécurité Sociale présentée vertueusement comme une contribution
à la réduction de l'aggravation de son déficit.
Un déficit de la Sécurité Sociale, auquel l'Etat et les gouvernements
successifs ont activement contribué, en décrétant des dégrèvements ou
imputant des charges qu'ils oublient de compenser financièrement, et
qui s'avère finalement une bonne affaire : les nouvelles dettes sont
régulièrement transférées à la Caisse d'amortissement de la dette sociale
(Cades) qui les transforme en produit financier acheté par des banques
centrales, des fonds de pension, des compagnies d'assurance. En 2007,
ces investisseurs ont touché 3,1 milliards d'euros d'intérêt, soit davantage
que de capital remboursé. Les ressources principales de la Cades provenant
d'un prélèvement sur les salaires (CRDS), l'enrichissement d'établissements
financiers au détriment de la population active n'est pas près
de s'arrêter. La Cades, qui détient 97 milliards d'euros de dettes sociales
à liquider, vivra au-delà de 2020, selon son actuel président Patrice
Ract-Madoux. Un tonneau des Danaïdes...
Laurent Lejard, avril 2009.
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