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Président
du Comité pour le Droit au Travail des Handicapés et l'Egalité des Droits,
Henri Galy explique l'impact néfaste qu'aura la loi qui devrait régir
dans quelques mois les prises en charge sanitaires et sociales en France.
Le projet de loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires) présenté
au Parlement par Mme Roselyne Bachelot, ministre de la santé, prétend
améliorer l'accès aux soins. Or, qu'attendent aujourd'hui les patients
? Une offre de soins correspondant à leurs besoins, et par conséquent
la formation et l'emploi de personnels qualifiés, disposant du temps
et des moyens nécessaires pour s'occuper d'eux, une meilleure prise
en charge par la Sécurité Sociale afin que tous, même les plus pauvres
et les plus malades, bénéficient de ces soins, l'abrogation des franchises
médicales et du forfait hospitalier, etc.
Rien de tout cela n'est prévu dans ce texte. Les grandes polémiques
sur des amendements mineurs discutés à l'Assemblée Nationale et au Sénat
ne peuvent nous cacher l'essentiel : la création des ARS (Agences Régionales
de Santé). Dirigée par un directeur général tout-puissant nommé en Conseil
des ministres, l'ARS devrait gérer un budget indépassable qui
concernerait toutes les activités de santé d'une région : hospitalières,
ambulatoires, et médico-sociales.
Pour cela, le directeur de l'ARS imposerait dans le secteur hospitalier
des restructurations, en mettant en place des groupements de coopération
sanitaires. La mutualisation des moyens est conçue en relation avec
la rationalisation et la standardisation des soins. À une pathologie
donnée correspondrait une durée standard d'hospitalisation, la plus
courte possible. Cela a déjà commencé avec la T2A (Tarification à
l'activité). Il est facile d'en imaginer les conséquences dramatiques.
L'actuel plan de "restructuration hospitalière" prévoit 20.000 suppressions
de postes ! Aux 1.035 hôpitaux publics actuels se substitueraient 300
"territoires de santé". Dans la région parisienne, on passerait de 38
hôpitaux de l'Assistance Publique à 13 "territoires de santé".
Dans la suite des États Généraux de l´Organisation de la Santé de 2008,
le projet propose une définition de "l´organisation des soins de premier
recours" centrée autour d'un médecin généraliste placé sous tutelle.
Des protocoles de soins seraient négociés financièrement entre chaque
médecin et le directeur de l'ARS, avec une rémunération "à la performance".
Que deviendraient alors les malades et handicapés bénéficiant d'une
prise en charge au titre des ALD (Affections de Longue Durée), jugées
trop coûteuses par la Haute Autorité de Santé ?
La Sécurité Sociale, entité juridique créée par le Pacte Social en 1945
pour garantir à tous les citoyens l'accès à la Santé, verrait sa disparition
programmée puisqu'elle serait transformée en trésorier agent payeur
du "panier de soins" au profit des directeurs des ARS qui deviendraient
à sa place les interlocuteurs des médecins. Les malades doivent s'attendre
à la perte totale de leur liberté de choix et de décision, à une dégradation
majeure de l'accès et de la qualité de soins que cette loi HPST prétend
protéger et améliorer.
Enfin, la loi HPST donnerait compétence aux ARS sur les établissements
du secteur médico-social, y compris les Etablissement et Services d'Aide
par le Travail. Même si on tente de nous rassurer en affirmant que leur
vocation médico-sociale sera "clairement affirmée", les travailleurs
handicapés concernés peuvent se faire du souci : tous les gouvernements
successifs, depuis des décennies, se sont lamentés sur le coût excessif
des ESAT (ex-CAT). On ne compte plus les projets de réforme visant à
les aligner sur les Entreprises Adaptées (ex-Ateliers Protégés), donc
de fait sur le secteur marchand, et ses exigences de profit, avec à
la clé la baisse ou la disparition des subventions, l'exclusion des
travailleurs handicapés les moins rentables.
Procès d'intention nous dira-t-on ? À cela nous répondons : regardez
ce que les ARH (Agences Régionales d'Hospitalisation) font tous les
jours en fermant des lits, des services, des hôpitaux entiers. Et imaginez
ce que les ARS feront demain en étant dix fois plus puissantes !
Henri Galy, président du CDTHED,
mai 2009.
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