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  Les 30 ans positifs de l'Agefiph.
  L'Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées a célébré ses trente années d'existence lors d'un événement de communication éludant soigneusement les lacunes et sujets qui fâchent...

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          Décidemment, il est impossible d'organiser à Paris ou sa proximité un grand événement sur le handicap dans des conditions correctes d'accessibilité. Là, c'est l'inconfortable Seine Musicale qui en a fait les frais. Véronique Gaudoux-Dauvillier, qui cumule les fonctions de chargée de communication à l'Agefiph et de conseillère municipale de Boulogne-Billancourt, ville où la salle a été construite, n'a pu que constater les difficultés rencontrées par le public à mobilité réduite : très long parcours piéton pour parvenir à l'entrée, longue attente pour accéder par l'unique ascenseur desservant l'auditorium, nombre de places fauteuil roulant insuffisant pour la dizaine d'usagers présents. Ce que le directeur général de l'Agefiph, Didier Eyssartier confirme également : "Je ne m'attendais pas à un parcours aussi long"...

Cet événement était régi par le nouveau slogan de l'Agefiph "activateur de progrès humain". Discours et tables rondes n'auront rien appris d'essentiel au public d'invités rompus à la thématique et qui ne remplissait la salle qu'à moitié, sans la présence de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui s'est contentée d'adresser un message vidéo : "J'aurais beaucoup aimé être avec vous", annonçait-elle sans rire... La ministre n'avait pourtant à son agenda qu'une séance de questions au Gouvernement à l'Assemblée Nationale à laquelle elle aurait pu se faire représenter, mais elle a pris le risque de marquer peu d'intérêt à l'emploi des personnes handicapées : pour ce genre d'événement "on n'a pas tous les jours 30 ans", les symboles comptent énormément. Comment expliquer cette absence de taille ? Didier Eyssartier ne commente pas mais reconnaît que la mission en cours de l'Inspection Générale des Affaires Sociales et de l'Inspection Générale des Finances sur le devenir de l'obligation d'emploi et des deux Fonds pour l'isertion professionnelle dans les secteurs publics et privés génère de l'attentisme : "Il n'y a pas encore de discussions, mais des réflexions en cours". Ce que confirmait de facto la ministre dans sa vidéo, en ne disant pas un mot des actions du Gouvernement en faveur de l'emploi ni du devenir des Fonds.

 

Image : table ronde Agefiph à l'occasion de la célébration de ses 30 ans.

 

Le "la" était donné, cette après-midi d'anniversaire serait po-si-ti-ve. Au point de tordre la réalité, comme en a témoigné l'intervention vidéo du président de l'Agefiph de 2009 à 2012, Jean-Marie Faure, au sujet du programme lancé en 2009 de mobilisation des entreprises n'employant aucun travailleur handicapé : "Ça a inversé la courbe du chômage des personnes handicapées !". Faux : 2009 fut le point de départ de la hausse vertigineuse de ce chômage qui avait augmenté de près de 10% cette année-là, et a doublé depuis. Le public n'a, par ailleurs, pas appris grand chose pendant les tables rondes, présentation successive d'initiatives par des intervenants lisant les réponses aux questions de l'animateur, Frédéric Taddei (qui persistait à parler de "l'Agelif"; serait-il Dys ?). Ni de la bouche de la Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, délivrant un satisfecit évitant d'évoquer le désengagement de l'État en matière de formation des personnes handicapées et la baisse régulière des moyens financiers consacrés à leur insertion, elle n'était là que pour souhaiter un bon anniversaire !

Seuls accrocs à cette vision bien huilée de Bisounours, l'intervention de Patrick Gohet, adjoint au Défenseur des Droits, rappelant que le handicap constituait le second motif de discirimination dans l'emploi, et celle du philosophe André Comte-Sponville relevant notamment "qu'agir tous ensemble passe évidemment par des actions politiques" et déplorant "peut-être n'avez-vous pas appuyé là où ça fait mal".

En sortant de cette longue séance de communication positive, une interrogation majeure subsiste résultant du bilan par l'Agefiph de ses 30 ans d'existence, qui proclame avoir contribué "avec ses partenaires à plus de 1.200.000 embauches, plus de 70.000 contrats en alternance, plus de 230.000 maintiens, plus de 60.000 créations d'activité". Comment comprendre qu'actuellement le nombre de demandeurs d'emploi handicapés batte tous les records, un demi-million, avec un taux de chômage double de celui de la population générale ? Cette question n'a pas été posée...


Laurent Lejard, octobre 2017.

 



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