Handisport
  Une rentrée malgré tout.
  Les structures handisport organisent une reprise pragmatique de leurs activités dans le contexte de l'épidémie de coronavirus, avec des soutiens variables. Quelques exemples.


 

           La diffusion en mars dernier du coronavirus Covid-19 a mis à l'arrêt l'ensemble des activités, dont les handisports. La saison handisportive s'est achevée mi-mars et aucune compétition ne s'est déroulée depuis, à la différence du sport professionnel dont la dominante business l'a emporté sur la prudence la plus élémentaire. Septembre est habituellement le mois de la reprise de licence sportive, et les comités ou clubs handisports préparent les conditions du retour à la pratique, avec l'espoir que tout ne s'arrêtera pas à nouveau. Mais comment pratiquer un sport en portant un masque de protection et en restant à distance des autres ?

Du côté d'un comité handisport.

Dans le Loiret, l'activité handisport se concentre sur le loisir, avec peu de compétitions explique Solène Chenuet, agent de développement au Comité Départemental Handisport : "On les a reportés. A l'heure actuelle, le maitre-mot c'est l'incertitude. C'est comme si les activités allaient reprendre normalement, au risque de les annuler au fil du temps." Par exemple, une compétition de boccia réunissant 33 participants dépend des conditions de sortie des pensionnaires d'établissements médico-sociaux, qui peuvent rapidement évoluer : "On essaie d'arrêter des dispositions, mais le département vient de passer en vigilance rouge. Des villes ont fermé leurs gymnases, on ne sait pas s'ils vont rouvrir prochainement." Dès le début du confinement à la mi-mars, le comité a suspendu les activités sportives et de sensibilisation tout en poursuivant son activité administrative, gestionnaire et marketing en télétravail. "On a perdu beaucoup d'argent sur des prestations entreprises et autres, poursuit Solène Chenuet, et il a fallu acheter sprays désinfectants, gel hydroalcoolique, masques jetables." Sans disposer d'un soutien spécifique dans une période troublée : "On est dépendant de la FFH et de son plan de déconfinement, conclut Solène Chenuet. On a reçu celui de la phase III, mais rien depuis." Fédération Française Handisport qui se réfugie dans le silence, "les personnes référentes sur ce dossier ne sont pas disponibles actuellement" répond son service communication !

Pour sa part, le Comité Régional Handisport de la région Centre concentre son activité sur des tâches administratives et l'organisation de compétitions régionales, dont une de boccia en septembre. "Il n'y a pas de dispositions particulières pour cette compétition, précise Maxime Fradin, chargé de mission. Le Comité n'a pas subi de conséquences. Le chômage partiel a aidé l'association, on a télétravaillé, participé au panel de formation de la fédé handisport sur le marketing, le partenariat, la communication, la préparation."

Dans un club de handbike.

Près de Mulhouse (Haut-Rhin) à Ungersheim, l'Association Sport Fauteuil propose du handbike, de la boccia, et anime depuis 25 ans une école des sports qui propose de la découverte handisport, ainsi que fléchettes, gymkhana, basket adapté. "On prête le matériel pour donner des envies, explique Patrick Moyses, président du club et entraineur de l'équipe de France de handibke dont il a été multiple champion du monde. On a arrêté nos activités avant le confinement, parce qu'on organise la course de Rosenau [épreuve internationale réunissant les meilleurs mondiaux NDLR], et on a fermé l'école des sports. On allait une fois par semaine au Centre de Réadaptation de Mulhouse faire des démos et exhibitions." Une activité qu'il espère pouvoir reprendre, mais pas dans l'immédiat : "La sortie de confinement a été difficile, il n'y avait pas d'activité, rien à faire. On ne sait pas dans quelles conditions on pourra reprendre au CRM, et le nombre limite de participants, je ne me vois pas dire à dix 'on vous prend' et renvoyer les autres." Parce que sa région a particulièrement été éprouvée par l'épidémie, dont le traumatisme est toujours vif : "On n'a pas eu de pratiquants malades mais le virus a fait douze victimes dans mon entourage et mes connaissances. Le plus impressionnant, c'étaient les hélicoptères qui transféraient les patients de nuit."

Pour mobiliser, le club a décidé d'offrir la licence de la prochaine saison : "Je pense que des gens seront démotivés. Les handbikers ont roulé chez eux pendant le confinement, et maintenant sur la route, les compétiteurs aussi." Ces derniers n'ont actuellement pas de perspectives, l'Union Cycliste Internationale ayant annulé toutes les compétitions : "Des sportifs de certains pays ne peuvent sortir, ce qui a un impact sur la qualification paralympique notamment pour les anciens et les nouveaux du fait de l'année supplémentaire due au report fin août 2021 des Jeux de Tokyo. Les anciens risquent d'être moins performants, et les nouveaux plus préparés." Côté soutien, il a pu compter sur celui de la région Grand Est, de la ville de Mulhouse, du Comité Régional Handisport et n'a pas reçu d'informations de la FFH. "Au niveau financier, conclut Patrick Moyses, tous les partenaires se sont engagés à poursuivre. Donc, à part de ne pouvoir faire de sport, ça va, on ne va pas se plaindre. Il faut continuer à avancer.".

 

Image : Handbike.

 

Dans un club multisports lyonnais.

Handisport Lyonnais propose 11 sports collectifs ou individuels, dont les handiskis. "Les deux salariés sont en télétravail, précise l'une, aucune reprise depuis mars. On prépare la rentrée comme les autres années, on s'adaptera en suivant les instructions ministérielles." Mais le club n'a reçu aucune préconisation ou directive sur les conditions de reprise. "On a relancé nos adhésions, il y aura surement des contraintes. C'est la période des inscriptions, on ne devrait pas démarrer avant octobre. Tout le monde est en attente des directives du ministère des sports et de la direction régionale jeunesse et sports. Dans les gymnases de la ville, des parcours adaptés sont en cours d'aménagement." Mais à l'aveugle, sans certitude qu'ils seront conformes aux directives venues d'en-haut. D'autant que le club doit gérer les contacts physiques indispensables : "Les sportifs ont besoin d'aide humaine, pour rentrer dans l'eau, se transférer de leur fauteuil sur un fauteuil de sport, pour tous les sportifs des contacts sont nécessaires." Côté finances, pas de souci : "Les subventions ont été accordées, mais on s'interroge pour les prochaines. Les entraineurs et animateurs étaient en chômage partiel, ce n'est pas trop catastrophique pour nous. Mais les sponsors, que vont-ils faire ? On n'a pas enregistré de désengagement, mais notre skieur de haut-niveau, Jordan Broisin, a des inquiétudes pour l'avenir sur ce point."

Le judo s'organise.

C'est l'un des sports dont la pratique handisport et sport adapté est déléguée à la Fédération Française de Judo qui a élaboré un protocole pour la reprise. "On a tenu compte des protocoles gouvernementaux et handisport, précise Patrick Lacombe, Directeur Technique National adjoint. Pour les compétiteurs, on a organisé des stages de préparation physique sans pratique du judo et contact physique. Dès qu'on a pu, on a rétabli la pratique pour les sportifs de haut-niveau en mai et juin. Depuis le 17 mars, on a mis en place un accompagnement relationnel et de préparation physique, avec des regroupements présenciels." Après des vacances en juillet, ces judokas ont été regroupés en stage en simultanée avec les valides, avec tests Covid pour tout le monde et suivi médical réglementaire sur des préconisations du ministère des sports, afin de "remettre en état" ces compétiteurs après plusieurs mois sans combattre. Qu'en est-il pour les clubs ? "Les prescriptions reposaient sur la fermeture des vestiaires, poursuit Patrick Lacombe. Mais cela créait d'autres problèmes d'hygiène et ils sont à nouveau ouverts, avec plus de rigueur dans le nettoyage. On rattaque avec une organisation en phase avec la société globale, l'idée est que les encadrants conservent le masque tout le temps, que les pratiquants circulent avec le masque dans les espaces communs et l'enlèvent dans la pratique en groupes plus restreints, identifiés, en évitant le brassage, comme à l'école en évitant l'ultra circulation." Avec l'objectif d'isoler d'éventuels cas de contamination et d'identifier les personnes à leur contact, alors que le judo est pratiqué à 80% par des enfants de moins de 11 ans.

"De façon générale, conclut Patrick Lacombe, les conditions économiques compliquent la vie des gens. On est largement inquiets pour l'avenir, la crise sanitaire est dure pour le monde associatif, on ne dispose pas de perspectives pour la saison hivernale, on travaille à vue. On espère un élan du vivre ensemble et du milieu associatif après une période d'individualisme. On l'a déjà senti dans les stages, avec le plaisir de se retrouver."

Comment cela se traduit-il dans un club ? "On déploie un protocole élaboré par la fédé de judo et sport adapté, avec des règles sanitaires, explique Johann Gruson, président du Judo Handisport Marquettois (Nord). On a modifié les plages horaires des cours d'un quart d'heure pour éviter le brassage entre groupes. Les parents ne seront plus présents durant les cours, ils déposeront leurs enfants en l'enregistrant à l'arrivée sur un registre." Ce qui assure une traçabilité en cas de contamination. Par contre, le club demande aux judokas de venir en kimono porté sous un survêtement, les vestiaires ne seront pas ouverts parce qu'il n'a pas les moyens de les nettoyer fréquemment conformément au protocole. "Le tatami sera désinfecté trois fois dans la semaine. Alors qu'avant on interdisait aux enfants d'arriver en kimono pour raisons d'hygiène, là il faut qu'ils le portent en le protégant par un vêtement. On verra pendant la saison si cela entraine des problèmes." Mais Johann Gruson soulève une incompréhension concernant le port du masque de protection : "Au judo, le contact physique est permanent. Ce qui est incompréhensible dans le protocole de la fédé, c'est imposer le port du masque au professeur alors que les judokas évoluent sans. L'Etat fait un peu comme nous, il improvise." Si les finances du club ont été impactées par l'achat de divers matériels, sa trésorerie lui permet d'absorber les surcoûts et la mairie de Marquette-lez-Lille a réaffirmé son soutien. Et de la tutelle, il a reçu uniquement de l'information. Par contre, Johann Gruson constate un retour massif au dojo : "On a énormément de demandes pour les inscriptions et les essais, les gens se renseignent sur les contraintes sanitaires, je n'ai pas de crainte pour redynamiser." Les familles n'attendent en effet que de pouvoir offrir à nouveau à leurs enfants la possibilité de s'exprimer dans le sport, d'y consommer leur énergie et de se resocialiser. C'est bien là l'essentiel.


Laurent Lejard, septembre 2020.


PS : Le ministère des Sports a publié le 3 septembre les protocoles sanitaires de santé, sans dispositions spécifiques pour les pratiquants handicapés. Le "guide de rentrée sportive" comporte seulement une section consacrée à la reprise d'une activité physique adaptée (APA) par des personnes atteintes de maladies chroniques et des personnes âgées. Les personnes handicapées sont mentionnées dans le Guide de recommandations des équipements sportifs, sites et espaces de pratiques sportives - Post-confinement lié à l'épidémie de Covid-19, au sein de la section Piscines : "le gestionnaire intégrera dans sa démarche la prise en compte des personnes en situation d'un handicap", à charge pour lui de deviner ce que cela entraine. Il omet les besoins spécifiques liés à l'hygiène, notamment pour les sondages urinaires lorsque les vestiaires et douches sont maintenus fermés. Et lorsque les différents guides et fiches mentionnent le port obligatoire du masque, la dérogation réglementairement accordée aux personnes handicapées sur certificat médical est systématiquement absente ce qui pourrait générer des incidents.

 



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