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Le
programme est défini de la façon suivante : on implante dans l'abdomen
du sujet paraplégique un boîtier contenant une puce électronique reliée
à des électrodes fixées sur les nerfs et les muscles qui permettent
la marche. Un courant électrique génère des contractions musculaires
capables de provoquer une locomotion artificielle. Pour se mouvoir,
le patient utilise un déambulateur contenant le programmateur et,
à l'aide de boutons, transmet des ordres simples : avancer, accélérer,
ralentir, changer de direction.
En mars 2000, un premier patient était opéré en France et la presse
couvrait largement l'événement. Des pages dans les journaux, des reportages
à la télévision, le progrès était à la une et chacun de se réjouir
de l'application des nouvelles technologies au service des personnes
handicapées. L'impact de ce type de nouvelle sur le grand public est
important : un jeune père de famille paralysé, "cloué" dans un fauteuil
roulant à la suite d'un accident de voiture, fait ses premiers pas.
Si ce n'est pas un miracle - les responsables du programme ont bien
placé les limites dans les indications de ces interventions - c'est
bien un signe positif et particulièrement symbolique qui est perçu.
On a remis un homme debout. Et s'il n'est pas prêt de rattraper une
auto à la course comme Steve Austin, la science lui a permis de reprendre
la noble attitude de son espèce. Bientôt il marchera la tête haute
vers son destin. On en oublierait les troubles sensitifs, urinaires
ou encore ceux de l'appareil génital, qui ne sont en rien résolus
et qui minent la vie de tant de paraplégiques médullaires. De toutes
façons pour le commun des mortels, la norme c'est la verticalité et
le fauteuil roulant reste la marque de l'infirmité. La recherche est
donc sur la bonne voie...
Épauler les personnes handicapées motrices. Pourtant si la vie
quotidienne de nombreuses personnes handicapées s'est améliorée depuis
vingt ans, ce n'est pas prioritairement grâce aux transferts de technologie
vers la robotique et les machines à marcher. C'est du côté des fauteuils
roulants qu'il faut regarder. De la première "Motorette" aux fauteuils
roulants contemporains, la révolution électronique a démocratisé un
moyen d'acquérir davantage d'indépendance pour des milliers de personnes
handicapées. Ces progrès ont été l'occasion d'une réelle conquête
de liberté. Liberté de se déplacer mais avant tout, liberté d'être,
liberté d'agir. Assis, couchés même parfois, mais présents. Présents
au stade, à l'université, à la sortie de l'école, dans la vie publique
ou associative, là où les choses se passent et auxquelles il est légitime
d'avoir envie de participer.
Celui ou celle qui manœuvre aujourd'hui le joystick de son fauteuil
roulant électrique peut oublier la puce dans le boîtier de commande
qui lui permet d'aller à sa guise. Ce qui compte, c'est que la technologie
se soit mise au service de son autonomie. A propos de la première
étape réalisée du programme SUAW, la presse a écrit "Un petit pas
pour l'homme, un pas de géant pour la technologie". Toute la question
est de savoir quelle unité de mesure est utilisée. Le petit pas de
l'homme, c'est l'espoir chez quelques individus sélectionnés que rien
n'est irréversible, que demain peut-être… ils se déplaceront debout.
Le pas de géant de la technologie, c'est la concrétisation d'un projet
de 1,5 millions d'Euros (près de 10 millions de FF) articulé sur l'idée
que se font des savants dans des laboratoires aseptisés, de ce qui
est bon pour les personnes handicapées. C'est aussi il ne faut pas
le cacher, un épisode de la lutte féroce que se livrent les équipes
de chercheurs en Europe, aux États Unis et au Japon.
Malheureusement les dés sont pipés car les enjeux sont trop différents,
les protagonistes n'ayant pas les mêmes objectifs. Les uns voudraient
marcher à tout prix, les autres vendent de l'illusion pour des sommes
astronomiques dans un contexte de santé publique où chaque Franc est
compté. Car il faut être clair. Il ne s'agit pas de "Lève- toi et
marche" dans cette entreprise… C'est plutôt "Grâce aux techniques
que je mets à ta disposition, tu dois pouvoir te tenir debout en équilibre
instable, les mains tétanisées sur les poignées de tes cannes. Tu
peux te déplacer de quelques dizaines de mètres sur terrain plat si
tout va bien". La ballade en forêt n'est pas pour demain.
Il va de soi que les nouvelles technologies sont et seront d'un inestimable
secours pour améliorer la vie quotidienne des personnes handicapées.
A une condition seulement. Qu'elles ne soient pas envisagées pour
compenser des incapacités ex nihilo, mais qu'elles soient le prétexte
à des aventures où des sujets démunis pourront assumer leur place
au milieu des autres et affirmer : "Voilà qui je suis, différent,
mais semblable à vous!".
Pierre Brunelles, octobre 2000
Remarcher... à quel prix : que
pensez-vous de ces expériences ?
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